En Afrique, les jeunes doivent attendre avant de se lancer en politique

Article : En Afrique, les jeunes doivent attendre avant de se lancer en politique
18 juin 2020

En Afrique, les jeunes doivent attendre avant de se lancer en politique

En faisant ma promenade sur le net le 13 juin dernier, j’étais capté par un article à la Une de Le Parisien « Hugo Biolley devient le plus jeune maire de France à 18 ans ». C’était la stupéfaction  totale. Mais je me suis dit bon, comme c’est en France, pays de tous les records, où on décroche le baccalauréat à 13 ans, on devient concurrent au Ballon d’or à 19 ans (cas Mbappé), et surtout le jeune maire partage le même patronyme avec l’immortel Victor Hugo.

Crédit Photo : fr.al-ain.com

Mais grande fut ma désolation en pensant à mon continent avec sa jeunesse audacieuse qui doit attendre un certain âge avant de se lancer en politique. Une jeunesse qui doit rester sur le « banc de touche » et observer les « adultes » jouer pour apprendre de leurs techniques de drible. Cette jeunesse qui doit malheureusement attendre, non pas pour les remplacer comme le font les joueurs au cours d’un match ; mais pour les succéder lorsque survient la mort. Là-même, la succession n’est pas automatique car les adultes se succèdent entre eux. Les jeunes, tels des mangues âcres, doivent se mûrir tout doucement. Tout cela est dû à la fausse croyance selon laquelle plus on est âgé, plus on est sage et donc responsable.

Le mythe des jeunes inexpérimentés

C’est ainsi que dans la quasi-totalité des pays africains, les personnes âgées ont trouvé un principe selon lequel, les jeunes doivent acquérir l’expérience avant de se mettre sur le devant de la scène. Que ce soit en politique ou dans la vie en société, les jeunes sont tenus de s’aligner derrière les vieux car considérés comme les « plus sages ». Comme les jeunes n’ont pas accès à la politique, les adultes ont trouvé d’autres alternatives pour les occuper avec.

Les longues années d’études universitaires

Le cursus académique est un cycle infernal. Les étudiants passent désespéramment des années élastiques. Ils démarrent leurs études universitaires très jeunes ; mais ils auront du pain sur la planche pour décrocher le premier diplôme. Certains abandonnent tout simplement car n’ayant pas pu obtenir leur licence au bout de 6 ans d’étude. Triste !

L’orientation des jeunes dans la vie associative plutôt que de s’engager en politique

Les jeunes qui ont l’âge d’Hugo Biolley ne savent même pas définir le terme « Politique ». De tous les termes politiques, le seul dont ils maitrisent parfaitement le sens c’est « apolitique » car les jeunes sont encouragés par les politiques à se constituer en association et sont tenus d’inscrire noir sur blanc dans leurs statuts « L’association est apolitique ». On leur dit sans vergogne « la politique ce n’est pas pour vous ». Ceux qui ne veulent pas être apolitiques, deviennent des activistes et partent se cacher loin, loin dans les pays où leur sécurité sera bien garantie par les autorités. Leur destination par favorite est la France et dans une certaine mesure les États-Unis.

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L’entrepreneuriat des jeunes

Chaque année, des dizaines de forums sur l’entrepreneuriat et concours pour primer les meilleures idées de projet de startup sont organisés. Les jeunes fraîchement diplômés trouvent en ces opportunités une aubaine pour échapper aux affres du chômage. Certains réussissent à gagner des fonds de démarrage. D’autres par contre se contentent de remplir leur Modèle économique et les ranger ensuite dans leurs tiroirs, au bon milieu de leurs diplômes poussiéreux. Il faut noter qu’il existe de milliers des jeunes diplômés sans emploi qui essaient d’entreprendre. Et comme l’État ne peut pas financer tout le monde, seuls les plus chanceux gagnent leur lot puis disparaissent aussitôt sans laisser de trace.

Ces stratégies sont encore utilisées par beaucoup de gérontes africains pour détourner les jeunes de la politique. Nonobstant, une partie du continent fait confiance à la jeunesse.

Le rajeunissement de certains gouvernements

L’Afrique gérontocratique se métamorphose. Les gérontes accordent de plus en plus de confiance à la jeunesse.

Ce changement positif est visible du coté de la Namibie avec la benjamine des ministres africains. Emma Theofilus, âgée de 23 ans est nommée Vice-ministre de technologie de l’information et de la communication.

Crédit photo : www.africanshapers.com

Même chose en Algérie avec la nomination de Yacine Oualid (27 ans) comme ministre délégué chargé des start-up

Crédit photo : cio-mag.com

Et enfin en Éthiopie avec Filsan Abdulahi (28 ans), nommée ministre en charge des femmes, des jeunes et des enfants.

Crédit photo : www.africanshapers.com

Le vent du changement souffle actuellement en Afrique de l’Est (Éthiopie, Namibie) et sur une partie de l’Afrique du Nord. Il se dirige tout doucement vers l’Afrique Centrale. Le jour où il atteindra mon pays le Tchad, je serai le plus jeune ministre des affaires étrangères avant de franchir la barre de trente ans.

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Commentaires

Gilou DJEMBA
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Les jeunes, tant que vous accepterez d'attendre sur le banc de touche, vous entrerez dans la vie à 50 ans.
La désobéissance peut devenir civique, lorsque les circonstances l'imposent.
Dans toute l'Afrique subsaharienne actuelle, rien ne prédispose tous ces pontes en place, à créer le rêve américain. Si oui, pour leur descendance, qui reproduira le schéma parental.
Et vous? Toujours sur le banc de touche.
Je vous l'accorde, le type d'éducation, l'influence sociale, les couloirs qui vous sont réservés ne vous y aide pas.
Alors réagissez. Prenez les couloir parallèles, vous serez des éminences. Mais jamais assis, sur un banc de touche.